Anathème # 30
La journée s'étire incroyablement longue à l'agence. Des rendez vous aussi, pour visiter telle ou telle maison mais encore rien pour La Capelle Coterie. Peu de publicité n'a encore était faite dans ce sens, beaucoup de dossiers restent encore à produire … Mais dès demain, un pas de géant va être fait !! Toute la journée est dédiée à ce hameau. Ami passe la chercher en moto dès 10 heures et elles passeront la journée complète là haut à travailler… Un repas sur le pouce est prévu sur le gazon de la petite place au centre des habitations délaissées.Une vente conclue aujourd'hui va permettre à Vic une rentrée d'argent substantielle. Elle est rassurée sur ses capacités et sur l'avenir qu'elle commence à mieux appréhender. En une bonne semaine c'est la seconde vente intéressante du point de vue finance. N'ayant que des charges modérées, son salaire est assuré sans problème pour ce mois ci… Au bout du compte, la journée c'est assez vite égrainée et Vic a décidé de fermer un peu plus tôt l'agence afin d'aller faire des courses au supermarché. Le soleil déclinant amorce sa descente derrière la montagne toute proche, faisant face à La Capelle Coterie. Elle jette un œil comme à chaque fois dans cette direction au moment de sortir de la petite boutique. Depuis qu'elle a trouvé le journal intime, elle ne peut s'en empêcher. Elle est comme attirée par le mystère de cet endroit, magnétisée à ce petit bout de colline, là haut, si proche et si loin à la fois. Le hameau donne l‘impression d'être comme suspendu aux temps jadis… Pour la troisième fois de la journée, elle remarque une brillance inhabituelle sur la crête de la montagne. Un reflet bizarre et persistant qu'elle pense localiser au niveau de la petite bourgade, un peu au dessus de l'école dirait on… Elle ne se souvient pas de n'avoir jamais remarqué ce phénomène précédemment, juste depuis ces deux derniers jours !! Hier déjà, en arrivant de face sur la moto avec Ami, Vic avait décelé cette anomalie dans le paysage. Ce n'est d'ailleurs pas la seule à l'avoir discerné, son amie semblait elle aussi l'avoir remarqué. Elle avait surprise son regard scrutant de ce côté-là, à plusieurs reprises. Ne sachant pourquoi, un petit frisson parcoura l'échine de Vic…
Demain… » Se promit elle,
Je regarderai !! »
Elle abaissa le rideau de protection et regagna son automobile, presque soucieuse. Elle démarra jetant un coup d'œil incontrôlable dans le rétroviseur du pare brise. L'éclat paraissait avoir changé de place et une petite voix à l'intérieur d'elle-même semblait lui dire de faire bien attention…Tout cela commençait à l'inquiéter et elle n'aimait pas vraiment cette atmosphère si particulière qui régnait à La Capelle Coterie.
Les courses furent rondement menées et à son retour, le soleil couché laissait peu à peu la place à la nuit s'installant. De scintillement, il n'y avait plus…
Sûrement un mirage quelconque de mon imagination exacerbée par toute cette histoire et ce climat pesant!!» Se dit, en elle-même, Vic.
Les courses montées, éparpillées dans l'entrée, Vic se débarrassa de sa veste. Il faisait une chaleur torride dans son petit appartement sous les toits. Ce matin, en retard, elle avait oublié de laisser ouvertes toutes les fenêtres pour aérer convenablement. Une touffeur lui avait giclé au visage à l'ouverture de la porte d'entrée. D'un coup, l'air confiné était devenu libre et se répandait tout autours d'elle, l'enveloppant rapidement d'un bain de sueur. Les deux allers et retours d'escalier lui avaient fait battre le cœur bien plus vite que d'habitude. Elle était fatiguée, mais ne s'en inquiéta pas outre mesure. Les restes du week-end de folie qu'elle venait de passer… Déambulante dans l'appart, elle rangeait sans stress ni presse ces achats qui jonchaient le sol. N'y tenant plus, des gouttes lui ruisselaient le long de l'épine dorsale sous son tee-shirt moulant. Elle laissa tomber le vêtement au passage sur le canapé du petit salon et bientôt son pantalon vint le rejoindre. L'étuve improvisée avait fait son travail, Vic était trempée de partout. Une rapide suée l'avait assailli en un tour de main et son corps dégouttait de très nombreuses larmes salées.
Lors de ses passages et, allers et retours dans l'entrée, à plusieurs reprises son regard passa sur le journal intime de la jeune directrice d'école. L'envie fût grande d'attraper le fascicule pour y lire quelques pages…

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