Anathème # 5

Depuis près de 6h, elle était ici au centre du hameau et aucune personne n'avait encore pointé le bout de son nez. Oui, ce hameau était bien bizarre et renfermait très sûrement un drôle de secret.Victoria redémarra enfin pour retourner à St Colimard. Derrière elle, à une fenêtre, un rideau redescendit prestement…

Roulant prudemment sur la route sinueuse, elle jetait de temps à autre un regard oblique au mystérieux coffret. Souhaitant l'ouvrir au plus vite, à cette heure, elle s'abstiendrait donc bien de passer par son bureau.

« Demain, il fera jour » se dit elle. Et puis elle avait envie là, maintenant, d'un bon bain chaud afin de faire disparaître toutes les traces de cet après midi, fortes en émotions!!

Arrivée à son appartement, elle monta quatre à quatre l'escalier de pierre et pénétra telle une furie dans son logement. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle se rendit compte que son ventre crié famine. Elle n'avait rien mangé depuis son petit déjeuner… Elle traversa d'un pas rapide les trois petites pièces et au fur et à mesure effeuillait sa tenue… Chaussures et veste volèrent dans l'entrée, jupe et corsage tombèrent à terre dans le coin salon !! Passant, au fond par la cuisine en petite tenue, elle attrapa du jambon dans le frigidaire peu encombré, des chips et s'installa à la petite table de cuisine, le coffret face à elle. Le couteau à la main, son regard alla de la boite à l'ustensile. Ses mains se posèrent doucement sur le bois patiné. Du bout des doigts elle caressa les formes arrondies, douces et presque sensuelles des sculptures, les angles usés par le temps… D'un coup, elle attrapa la boite tant convoitée et à l'aide de son couteau s'y attaqua. La lame s'insinua sans peine sous le couvercle et butta contre le métal de la serrure. D'un coup sec, Victoria fit basculer le penne, le couvercle se souleva imperceptiblement… De ces mains frémissantes elle ouvrit aussitôt !!

Un cahier d'écolier anonyme y était enfermé, légèrement plié en deux… Elle entreprit de le sortir religieusement, comme une relique rare et très convoitée. Le posa lentement sur la table et repris son repas frugal mais nécessaire pour calmer sa fringale grandissante. Ses yeux ne pouvaient se détacher de la couverture jaunie où une main avait posée ces simples mots « journal intime ». Une écriture de femme pensait elle, soignée et pleine de déliés. Tout en mangeant, du dos de sa main libre elle aplatissait avec soin le fascicule légèrement recourbé. Son enfermement prolongé dans l'écrin lui avait donné une forme curviligne peu pratique pour une exploration future plus détaillée.

Enfin, après avoir terminé son encas elle décide de jeter un œil sur ces pages pour voir… L'intérêt porté sur ce coffret était il donc justifié ou non ?? Machinalement, sa main gauche descend sur sa petite culotte de dentelles et passe dessus comme pour en vérifier  si l'humidité y est encore persistante… Elle ferme un instant les yeux et revoit Amélie dans sa tenue presque impudique assise sur le banc.

Enfin, elle ouvre le cahier et  commence par lire une page au hasard parmi les premières…

Cela fait maintenant  quelques minutes que Victoria parcoure les pages, l'écriture est belle, le style simple, sans recherches particulières mais efficace… Là encore, une impression bizarre se dégage dés la lecture les premiers mots. Cela fait déjà trois fois que Victoria relit ces quelques lignes :

Depuis mon arrivée ici, à  « La Capelle Coterie » je suis étonnée par la physionomie de cette église si particulière… Un esprit de mystère flotte sur ce hameau et l'ambiance en est des plus particulières. C'est tout juste si je n'ai pas l'impression de déranger l'ordre des choses… On me traite presque comme un paria et les gens se taisent sur mon passage dans la seule et unique rue… Où, aussi, on me reluque par en dessous et des murmures s'en suivent… Je ne me sens pas très bien au beau milieu de toute cette hostilité et pas bien à ma place non plus !! J'espère que  bientôt cela va changer !! A St Colimard, les collègues m'avaient bien prévenu. Cette promotion émanant du rectorat, comme directrice d'école était à double tranchant…  

Victoria perplexe, continue sa lecture. La directrice continue de se plaindre sans apporter aucune nouveauté… Normal qu'en 1848, les villageois se comportent ainsi vis-à-vis d'une étrangère au hameau. Qui plus est une femme seule et semble t-il encore relativement jeune. Elle expose sa condition d'une manière laconique et peu intéressante. La seule chose qu'elle apprend et quand même un peu surprenant…L'école à cette date est déjà mixte. Filles et garçons sont ensembles dans la même classe et juste séparés dans la salle. Presque une école moderne en définitive dans son organisation !!  Elle est sur le point de refermer le journal lorsqu'elle s'aperçoit que de nombreuses pages sont arrachées.



Article ajouté le 2008-05-27 , consulté 9 fois

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