Anathème # 20

Oui, très… J'y ai de très nombreux et bons souvenirs de jeunesse, mais aussi de très noires et tristes souffrances et cicatrices… Plus jeune, je n'habitais pas très loin, avec mes parents. Ici c'était d'abord un havre de paix, puis ensuite, l'âge venant, un lieu de rendez vous avec moi même !! Maintenant, je viens y rechercher le recueillement, la paix !! Pour le reste, l'avenir…On verra !! En fait, ce lieu m'appartient… Et c'est grâce à lui si je m'en suis sortie !! »A l'ombre des arbres, si proche de l'eau, l'air est frais… A quelques mètres en dessous c'est la fournaise et on se sent si bien ici que le contraste est saisissant !! Les deux jeunes filles s'installent assises sur le plaid qu'elles viennent d'étendre au beau milieu de l'herbe grasse et presque humide sous elles. Les yeux se perdent à l'horizon…Amélie, pose doucement sa tête sur les genoux de Victoria. Celle-ci comprend qu'un drame va refaire surface… Ami d'une voix douce et monocorde raconte  comment ses parents ont disparus un matin de mars 1999. Vic, caresse doucement les cheveux de sa compagne, devenue si triste et se tait.

Mes parents aller en Italie pour visiter une villa en vue de l'achetée…

Maintenant, on sait… Il était 10 h 46, le 24 mars 1999 lorsqu'une semi-remorque s'engage dans le tunnel du Mont-Blanc, long de 11,6 km. Après s'être présenté au péage français. Peu de temps après, les détecteurs d'opacité signalent une baisse de visibilité dans le tunnel. De la semi-remorque, rendue au kilomètre 6,54 soit un peu plus de la moitié de sa traversée, se dégage une épaisse fumée blanche. Le conducteur, impressionné par les premières flammes, abandonne le véhicule, prenant la fuite à pied, en direction de l'Italie. Le camion, contient  vingt tonnes de produits alimentaires, dont essentiellement des farines et de la margarine. Son arrêt bloque désormais vingt-quatre véhicules sur 500 mètres, sa fumée aveugle les autres conducteurs, et les émanations toxiques les asphyxient. Les trente-sept passagers, ainsi qu'un pompier français et un secouriste italien trouvent la mort dans une fournaise qui a atteint 1 300°C et fait tout fondre: véhicules, asphalte et structure de l'ouvrage. La première personne mise en cause est le chauffeur belge du camion à l'origine de l'incendie, évidemment. Il affirme ne s'être rendu compte de l'incident survenu sur son camion qu'au moment où on lui faisait des appels de phare. On lui a reproché de s'être arrêté au milieu de la route, alors que d'après les experts il aurait dû ressentir une perte de puissance et ranger son camion sur l'un des garages creusés tous les 600 mètres le long du tunnel. La responsabilité du constructeur de la semi-remorque, a aussi été examinée: l'origine du feu est attribuée à un objet incandescent comme peut être un mégot de cigarette arrivé dans le filtre à air. L'entretien du véhicule, a aussi été pointé du doigt et le cas échéant la responsabilité de la société qui employait le camionneur !! Et puis l'enquête se dirige vers les sociétés d'exploitation du tunnel… Malgré le premier discours rassurant de la direction du tunnel, les pompiers comprennent très vite l'ampleur de l'incendie, mais ils ne parviennent pas pour autant à braver la fumée, la chaleur et les vapeurs toxiques. Dans l'incapacité d'éviter le drame, ils découvrent trois jours après une scène qualifiée de dantesque et d'apocalyptique: le béton, le bitume ont fondu, les véhicules sont collés au sol, tout est mêlé dans un magma informe où gisent des restes humains. Pourtant un pompier à la retraite, Bernard Foras avait prévenu et accuse: un jour, un tel drame devait malheureusement arriver…Personne n'était formé pour intervenir sur un gros sinistre dans le tunnel.

 Les deux sociétés concessionnaires française et italienne ont eu à s'expliquer sur la rareté des exercices de sécurité, le retard des signaux d'alerte, et la ventilation qui semble avoir davantage attisé le feu et propagé la fumée qu'évacué celle-ci. Bref, un procès fleuve de 80 tonnes de paperasse et 60 avocats. Le procès a débuté en février 2004. Des peines de quatre mois à deux ans de prison avec sursis et des amendes de 1 500 à 15 000 euros ont été majoritairement prononcées à l'encontre des prévenus. La relaxe pour le constructeur et l'employeur du routier. L'État français a été condamné, au travers de la représentante du ministère de l'Équipement, à six mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende. Le responsable français de la sécurité du tunnel, a reçu la plus grosse condamnation, avec 30 mois de prison, dont 6 mois fermes. Le président du tribunal a conclu par : la catastrophe aurait pu être évitée et a ajouté que les faits ne comportaient plus de zone d'ombre ».

Victoria, doucement embrasse Amélie et lui susurre de gentils mots doux et de soutien … Des regards de tendresse se croisent puis rapidement redeviennent plus scintillants. La tristesse déjà s'enfuit des yeux de son amie… Bientôt la gaîté reviendra !!



Article ajouté le 2008-06-10 , consulté 2 fois

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