Anathème # 9D'un coup, je sursaute !! Un bruit non loin et le prêtre apparaît de derrière une colonnade. Il va tranquille et prépare tout autour de l'autel ses artifices. Il allume un à un les cierges et les candélabres. A la lumière jaune et miroitante je vois très distinctement ses traits… Je suis assez surprise de voir que le curé de La Capelle Coterie n'est pas si vieux quej'aurais pu l'imaginer. Ni bedonnant, ni gras, ses mains sont fines, ses mouvements souples et posés. Il n'a qu'une bonne trentaine d'années et ses yeux clairs resplendissent à la lumière des chandelles divines. Ces cheveux un peu longs pour un ecclésiastique sont bruns et s'harmonisent admirablement à son visage buriné par le soleil. Le prêtre de La Capelle Coterie est une vraie figure d'ange au type méridional et un certain trouble me gagne. Comme il est beau cet homme là… Comme il est désolant que de tels spécimens épousent la religion avant une femme… A sa vue, j'ai poussé un petit cri étouffé de stupeur tellement il me rappelle un ancien ami et amant que j'ai beaucoup aimé jadis et qui malheureusement m'a quitté pour une pimbêche sans envergure. Longtemps je lui en ai voulu de m'avoir ainsi traitée. Je ne finis qu'à peine de cicatriser de cette infâme blessure qui pendant 3 années a fait de moi une femme sans besoin d'aucun amour, physique et moral… Il a tourné la tête vers moi et depuis je tremble comme une feuille de peur d'y reconnaître cet ancien amant qui m'a fait tant de mal… Il semblerait que de son côté, il n'ait pas perçu ou tout au moins localisé ma présence. La grande porte s'ouvre et quelques personnes entrent. Impossible de reconnaître qui que se soit dans cette pénombre fortement prononcée. L'abbé les apercevant ouvre les bras et les invite à approcher. «Venez mes amis, venez…» La voix est très animée et des plus chaudes… Je sens une sensation bizarre envahir mon corps et des turbulences depuis bien longtemps oubliées réapparaître. Ne comprenant ce qui se passe, je le regarde fixement, ébahie, la bouche bêtement entrouverte. Non !! Cette voix n'a rien à voir avec celle tant redoutée. Rien à voir, celle-ci est bien plus sensuelle. Trop peut être même dans un tel lieu de culte… Une petite dizaine de fidèles pour toute assistance, le prêtre commence son office… Perdue dans mes pensées et mes souvenirs, je suis sortie de ma torpeur par les paroles inhabituelles du jeune curé. « La perversion naît en grande partie du refoulement. Au lieu d'accepter ce refoulement combattons le tous ensemble et prions pour l'amour de l'autre, pour l'amour tout simplement. » Un chant que je reconnais à ses paroles et me laisse sans voix étant fortement adepte de poésie moderne. Un auteur presque contemporain de nos temps… J'identifie donc le texte sans peine. C'est un chant d'amour d'Alphonse de Lamartine, deux poèmes mis bout à bout… Rien à voir avec un quelconque psaume religieux : Article ajouté le 2008-05-30 , consulté 2 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Anathème (Épicure) "Retour aux articles |
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